La jeune Dame

Aissatou Diop, la passion d’un art plus inclusif

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Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Aissatou Diop, j’ai fait des études en métiers du patrimoine à l’Université Gaston Berger de Saint-louis à l’UFR CRAC (Civilisations, Religions Arts et Communications) avec une spécialisation en gestion du patrimoine et des institutions culturelles.

Après avoir suivi une formation avec Dagara Dakin, l’actuel médiateur culturel de la fondation Louis Vuitton, j’ai développé mon expérience dans les musées, les expositions internationales et notamment en participant à la biennale internationale de Dakar.

Est-ce donc cette proximité avec un professionnel  du milieu qui t’a permis d’être médiatrice culturelle ?

L’expérience professionnelle ! Oui, parce qu’on peut avoir une formation en médiation culturelle mais tant qu’on ne pratique pas, on ne peut pas dire qu’on est médiateur/médiatrice culturelle parce qu’il y a un plan de médiation et il faut vraiment faire la pratique pour s’autoriser à porter ce titre.

Peux-tu nous parler de ton parcours d’étudiante à l’université Gaston Berger de Saint-Louis ?

Pendant notre formation à Saint-louis, nous avons eu la chance d’être médiateurs culturels dans cette ville touristique. Nous étions dans des lieux choisis par l’association « Entrevues » pour promouvoir le patrimoine architectural. Pendant 3 ans, nous étions le pont entre le public et ces lieux lors de Journées portes ouvertes dans des lieux ou maisons classées.

Avec tes camarades, comment avez-vous fait pour avoir de telles opportunités ?

Il y avait un réel besoin de créer cette section Métiers du patrimoine dans l’UFR CRAC. Saint-Louis, ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO par son architecture et son histoire était confrontée à un manque de ressources humaines donc, le ministère de l‘enseignement supérieur conjointement avec le ministère de la culture par la volonté du recteur de l’époque, Pr Mary Teuw Niane, cette UFR a été co-créé avec la section Métiers du patrimoine.

L’association «Entrevues» a noué un partenariat dès la 1ère année avec la section Métiers du patrimoine et nous avons commencé à pratiquer à partir de ce moment. Nous étions opérationnels dès la 1ère année parce que le marché était là, le besoin était présent, donc c’était pressant pour Saint-louis d’avoir des médiateurs culturels.

Aujourd’hui comment fais-tu pour que les gens comprennent le métier de médiateur culturel ?

On fait de notre mieux pour que les gens comprennent à travers nos différentes activités et plateformes. Personnellement, j’ai une plateforme nommée Heritage for Africa, une plateforme pour la médiation et l’ingénierie culturelles pour répondre aux besoins des projets artistiques et culturels qui ont besoin d’être managés, dirigés par des médiateurs culturels, des commissaires, des directeurs/directrices artistiques. A travers cette plateforme, nous montrons aux gens, ce qu’est un médiateur culturel.

Est-ce que tu penses que ce métier sera une niche ou il sera plus développé d’ici quelques années ?

(Rires) Le rappeur Booba est médiateur culturel et charrie en disant que : «C’est un métier vide !» Ici en Afrique, je pense que c’est vraiment une mine d’or parce que tout ce qu’on a comme richesse, au 1er pallier, ce sont les arts et la culture, c’est cette créativité !

Le know how n’est pas au top mais nous avons la créativité, nous avons les arts, nous avons notre culture, nous avons notre patrimoine culturel matériel et immatériel à faire valoir donc je crois que la médiation culturelle comme métier a des chances pour bien se développer au Sénégal et Afrique.

En tant que médiatrice culturelle, comment est née ta collaboration avec le CICR ?

En plus de mon métier de médiatrice culturelle, je suis commissaire d’exposition.

Le commissariat d’exposition, cela implique de pouvoir positionner ce que l’on expose, cela implique de pouvoir parler des arts, parler de l’artiste, et faire de sorte que l’art ne soit pas destiné à être exposé dans nos salons ou dans les halls d’hôtels mais que l’art soit un moyen de militantisme, un moyen d’humanisme, un moyen d’activisme, que l’art puisse faire passer des messages poignants qui seront transmis à travers l’expression artistique.

J’ai commencé à travailler en tant que commissaire il  a 3 ans, J’ai commencé d’abord par une académie pour la pratique curatoriale et artistique. Ensuite, j’ai pratiqué avec d’autres collègues, j’ai monté de petites et puis de grandes expositions.

C’est comme cela, que j’ai été recommandé pour aller répondre à une convocation du CICR (Comité International de la Croix-rouge) et ils m’ont proposé d’être la commissaire de l’exposition « J’ai dû tout quitter ».Quand le CICR m’a sollicité pour ce projet, j’étais éblouie et j’avais peur en même temps de porter ce projet qui n’est sans doute pas le mien mais que je devais incarner. Je me suis permise de mettre les moyens qu’il faut pour relever ce défi que le CICR et les personnes qui me font confiance me lancent ! J’ai donc accepté.

Parle-nous de cette exposition ?

Cette expo : « J’ai dû tout quitter » concerne les personnes déplacées internes en Afrique à l’occasion des 10 ans de la convention de Kampala qui est le traité de l’Union Africaine qui traite de la question des déplacés internes. C’est une exposition avec un artiste américain Ben Betsalel qui a fait des portraits Happening en République Centrafricaine et au Tchad et 2 vidéastes qui travaillent pour le CICR, un Tchadien Eric Chege et un Sénégalais Birom Seck (Ceptik). Les vidéos et photos qu’ils ont réalisées seront projetées en plus des 13 portraits de Ben Betsalel.

A ton niveau, quel est le sens de cette expo ?

Dans un monde où il y a beaucoup de créatifs, beaucoup d’artistes, et, puisqu’on a essayé de faire passer le message à travers d’autres médias, des manifestions, les activistes en ont parlé, des Etats ont signé mais n’ont pas ratifié peut-être qu’avec l’art, le message va passer. Ce genre d’expo est très important dans la mesure, où ce n’est pas une expo pour vendre ou faire plaisir à des collectionneurs ou à une élite intéressée par l’art contemporain, mais une exposition pour faire appel aux décideurs politiques, aux porteurs de parole, pour que des hommes et des femmes décident ensemble du sort de ces personnes qui n’ont pas demandé à se déplacer. Ce sont des personnes qui se déplacent à cause de la crise, à cause de la guerre, à cause des conflits et qui n’ont pas demandé à être là où ils sont maintenant.

Si le public ciblé réagit et que des décisions sont prises à la suite de cette exposition. Par exemple, pour que le Sénégal puisse ratifier, car le Sénégal a signé mais n’a pas ratifié, ce serait très bien que l’on puisse enfin en parler plus librement, si l’état ne ratifie pas, nous n‘avons pas le feu vert pour en parler plus amplement.

 

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